Dis ce que tu fais, fais ce que tu dis.

Dis ce que tu fais, fais ce que tu dis...

Si je devais donner un premier conseil, je pense que ce serait celui-là :

Dis ce que tu fais, fais ce que tu dis.

Je m’explique 🙂

Dis ce que tu fais :

Certains enseignants (mais peut-être est-ce lié à leur personnalité) pensent que du fait qu’ils sont dépositaires de l’autorité ils n’ont pas à s’expliquer.

Mais je suis de ceux qui pensent qu’au contraire, mon autorité s’appuie sur le fait que plus j’explique plus je gagne en crédibilité, et que cette autorité repose sur le dialogue ou la justification.

Entrons dans le détails :

  • Avec une nouvelle classe : On ne se connaît pas, pour les élèves, c’est un prof de plus qui s’adresse à eux avec sensiblement le même discours que tous les autres (même si on se pense original). Le regard des élèves est, bien souvent, méfiant envers le système scolaire et ses représentants. Si on prend le temps, surtout au début, de leur expliquer ce que l’on fait, pourquoi on le fait, cela donne du sens. Et le le sens permet l’investissement. Prenons un premier exemple : « Ne pas perturber le cours (bavardages excessifs, règles de vie, le fait de se lever à plusieurs en même temps…) » : Cela paraît évident et même presque idiot de devoir revenir sur cela mais en réalité ces règles sont imposées depuis toujours mais pas forcément expliquées. Si on prend du temps, lors des premiers cours, à expliquer le pourquoi de ces règles sont indispensables, on leur permet d’adhérer au concept. Est-il nécessaire de revenir sur le bien fondé de ces règles ? Et bien pourquoi pas :

       

    1. Meilleure concentration et compréhension
    • Quand le cours n’est pas perturbé, l’attention collective est maintenue.
    • L’enseignant peut aller au bout de ses explications sans être interrompu, et les élèves suivent plus facilement le fil du raisonnement.
    • Moins de distractions = meilleure mémorisation.

     

    1. Gain de temps d’apprentissage
    • Chaque interruption (bavardage, agitation, déplacement inutile) fait perdre de précieuses minutes.
    • En limitant ces perturbations, le cours devient plus fluide et productif : on apprend plus en moins de temps.

     

    1. Climat de classe serein et sécurisant
    • Des règles respectées favorisent un climat apaisé, où chacun se sent en confiance pour participer.
    • L’enseignant peut enseigner sans stress, et les élèves osent plus facilement poser des questions ou exprimer leurs difficultés.

     

    1. Respect mutuel et responsabilité
    • En ne perturbant pas, les élèves montrent du respect pour les autres : ils reconnaissent le droit de chacun d’apprendre dans de bonnes conditions.
    • Cela développe aussi l’autodiscipline et le sens des responsabilités — des compétences sociales importantes bien au-delà de l’école.

     

    1. Meilleure dynamique de groupe
    • Un groupe calme et coopératif favorise la collaboration, l’entraide et les échanges constructifs.
    • Moins de tension entre les élèves → meilleure cohésion et motivation.

 

  • Expliquer le « programme », ce que nous appellerons plutôt notre progression : On entend souvent les enseignants dire que la classe est en retard, qu’on ne finira jamais le programme. Mais cela a-t-il du sens pour les élèves ? Si dès le début de l’année on prend le temps de montrer ce qui est prévu, le nombre de « chapitres » à étudier, les échéances prévues… Notre progression en fait. Et bien plus tard dans l’année il est possible de s’appuyer sur ce que l’on avait projeté, expliqué, pour « justifier » le retard et alerter avec du sens sur l’urgence de se reconcentrer et fournir plus d’efforts.

 

  • Une notion peu passionnante : Il arrive que l’on doive aborder une notion, un cours, un chapitre, une compétence qui ne soit pas intéressante, stimulante et bien pourquoi ne pas le leur dire ? En expliquant dès le début que ce ne sera pas la meilleure séquence de l’année (ou séance si on a de la chance) on place les apprenants dans une sorte d’acceptation de la situation, d’acceptation de la frustration. Ils seront plus ouverts et aborderont le travail avec le même esprit que l’enseignant : « on le fait vite-fait et on passe à autre chose ». Et en plus, cela laisse de l’espoir pour des cours meilleurs à l’avenir.

 

  • Rédaction d’un « rapport » en cas de situation de crise : Quand parfois, un élève n’accepte pas les règles, ne joue pas le jeu et qu’il devient nécessaire de rédiger un rapport sur la situation, sur son attitude… Je pense qu’il est indispensable, avant de communiquer ce rapport aux CPE, Chefs d’établissement… de le lire à l’intéressé lui-même. Pas sur le moment, bien sûr, mais le lendemain ou plusieurs heures plus tard. Quand l’énervement, des deux côtés, est retombé. Attention, je n’aborde pas ici le cas d’agression physique ou d’événement grave, mais de situations qui nécessitent une trace écrite pour protéger, informer… la direction de l’établissement, les familles… Le fait de lire le rapport d’incident permet de mettre des mots sur la situation, d’expliquer à l’élève notre point de vue. Et bien souvent, l’élève comprend et accepte ce qui est noté. Dans le cas contraire, on gagne un temps d’échange avec lui et il faut alors transformer cette écoute de l’élève en un investissement sur l’avenir en lui explicitant notre position, la sienne, nos engagements… Il est tout à fait possible de rester ferme et sur sa position en employant un ton agréable, détendu et sans reproche à l’individu mais plutôt à son attitude, comportement qui a été déplacé, exceptionnellement on l’espère.

 

Fais ce que tu dis :

La crédibilité s’appuie sur le fait qu’il ne faut pas s’engager à la légère. Si on dit quelque chose on doit le faire.

  • Une sortie (visite d’entreprise, musée…) : Si l’enseignant explique qu’il va organiser une sortie et qu’il a l’adhésion des élèves mais qu’il ne crée pas l’occasion, et que la sortie ne se fait pas les élèves perdront l’estime qu’ils avaient envers le professeur. Ils ne croiront plus en ses dires.

 

  • Un renvoi de classe : Il arrive d’exclure un élève de cours, et sous l’énervement d’affirmer qu’on ne reprendra plus jamais l’élève dans notre cours. Attention à ne pas dire des choses que l’on ne peut pas tenir. Dans cet exemple si la direction de l’établissement ne vous suit pas vous devrez reprendre l’élève en classe. Et là, il arrivera en conquérant et vous perdrez toute crédibilité. Il est préférable, lors du renvoi, d’expliquer, fermement, que pour l’instant l’attitude, le comportement… de l’élève est perturbant pour le reste du groupe, qu’il est difficile de travailler avec lui et donc on favorise l’esprit de groupe à son attitude isolée. Il reviendra et nous l’accepterons volontiers quand il sera dans de meilleures dispositions.

 

Pour conclure ce thème « Dis ce que tu fais, fais ce que tu dis », nous pensons souvent à entrer rapidement dans les apprentissages du référentiel mais l’ambiance de travail, l’esprit de groupe doit passer en priorité avec un nouveau groupe d’élèves. Le temps des apprentissages « scolaires » viendra, il sera bien plus efficace, productif si le groupe fonctionne comme un seul homme. Donc, prenons le temps d’expliquer, de justifier au début pour gagner ensuite sur tous les points de vues.

Jérôme Ammouial