L’humour : un allié pédagogique, pas un simple divertissement
En tant qu’enseignant depuis plusieurs décennies
j’ai souvent observé que recourir à l’humour pouvait être salvateur dans des situations qui commençaient à se tendre. Bien utilisé, l’humour désamorce la pression, libère la tension, et permet un retour au calme. Mais attention : ce n’est pas une licence pour tout dire ou se moquer gratuitement.
Pourquoi l’humour fonctionne ?
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Il change l’ambiance, rend le professeur plus humain. Les élèves perçoivent l’enseignant comme accessible. BrainPOP+2European Journal of Humour+2
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Il active des leviers psychologiques : sentiment de compétence, d’appartenance, motivation accrue. Frontiers+1
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Il aide à l’engagement et à la concentration — en particulier lorsqu’une activité dure longtemps ou risque d’être rébarbative. On Teaching and Learning @ Georgia Tech+1
Conditions d’un humour bienveillant et efficace
Voici quelques repères pour que l’humour soit un atout et non un risque :
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Sans arrière-pensées méchantes : pas de moquerie blessante, d’humour qui rabaisse les élèves.
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Être prêt à devenir cible, volontiers : si tu plaisantes sur la coupe de cheveux d’un élève, accepte qu’un jour il fasse une plaisanterie sur toi, dans un esprit respectueux. Cela installe un climat de confiance et de non hiérarchie oppressante.
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Être clair sur sa posture : l’humour ne remplace pas le cadre ou les attentes, mais vient en complément. Le but n’est pas d’être « le prof rigolo » mais « le prof humain, ferme et juste ».
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Connaître son public : ce qui fait rire un groupe peut blesser un autre. L’humour doit être en rapport avec le contexte, plutôt qu’un simple “hors sujet” qui pourrait distraire ou aliéner. SpringerLink+1
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Utiliser l’humour à bon escient : un moment de soulagement suffit ; ce n’est pas une avalanche de blagues, mais un éclair pour relancer l’attention, la complicité. Je vous invite à lire l’article sur l’autorité un équilibre à construire pas un statut à revendiquer avec la partie sur « le silence n’est pas un baromètre ».
L’humour dans un lycée professionnel : un contexte spécifique
Dans un lycée professionnel, beaucoup d’élèves arrivent déjà chargés émotionnellement : transport, quotidien, parfois contexte familial ou social exigeant. Aussi, le sourire est de plus en plus absent.
L’humour permet de signaler : « Je suis content d’être ici, avec vous ». Il installe une atmosphère de travail plus légère mais sérieuse, plus ouverte que l’austérité pure.
De plus, en classe, cela peut aussi permettre de faire passer plus facilement une notion, et non pas sous le signe du silence absolu, mais d’une écoute active, d’un retour après une petite respiration (rappel à l’article précédent 😉 ).
Quelques pistes pour employer l’humour en classe
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Parfois, commencer la séance par une petite anecdote ou une “prise légère” liée au thème du jour.
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Introduire un visuel ou un jeu de mots pour “déverrouiller” l’attention.
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Laisser un espace pour la “respiration” collective : un sourire, une remarque spontanée…
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Prévoir aussi une “porte de sortie” : l’humour n’est jamais un substitut à la régulation de la classe, mais une modalité. On revient au sérieux quand il le faut.
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Donner à l’humour une dimension partagée : les élèves savent qu’ils peuvent aussi “répondre” dans la limite du respect mutuel.
En résumé
L’humour dans l’enseignement, ce n’est pas accessoire : c’est un outil relationnel et pédagogique. Il ne s’impose pas ; il se construit. Il ne sert pas à remplacer l’autorité ; il sert à l’humaniser.
Quand il est bien utilisé :
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on relâche la tension,
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on crée du lien,
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on rend l’apprentissage plus vivant.
Mais il faut aussi rester vigilant : l’humour devient contre-productif s’il est mal ciblé ou blessant. Dans ces cas-là, on peut vite perdre la confiance des élèves… et donc le contrôle de la classe.
Et si l’on va trop loin, cela arrive à tout le monde, il ne faut jamais hésiter à s’excuser.
Reconnaître une maladresse ne fragilise pas l’autorité :
➡️ cela la renforce.
Car un élève qui voit un adulte capable de respect, d’ajustement et d’humilité… verra en lui non pas un chef qui domine, mais un partenaire exigeant et juste avec qui avancer.
Jérôme Ammouial